Andropause et déficit en testostérone
La testostérone est la principale hormone masculine. Produite par les testicules, elle est essentielle au fonctionnement sexuel, à la masse musculaire, à la densité osseuse et à l’équilibre de l’humeur. Un déficit en testostérone (aussi appelé hypogonadisme, ou andropause lorsqu’il est lié à l’âge) touche entre 5 et 20 % des hommes adultes et devient plus fréquent avec l’âge.
Bien identifié et bien traité, ce déficit se corrige efficacement. Encore faut-il poser le bon diagnostic, ce qui nécessite un avis spécialisé.
Qu’est-ce que le déficit en testostérone ?
Pendant la puberté, l’augmentation progressive de la testostérone entraîne le développement des caractères sexuels secondaires, la croissance musculaire et la mue de la voix. À l’âge adulte, le maintien d’un taux stable est nécessaire à la conservation de ces caractéristiques ainsi qu’à la fonction sexuelle et à l’état général.
On distingue deux grandes situations :
- Le déficit androgénique lié à l’âge (DALA), parfois appelé andropause, lorsque la baisse de testostérone accompagne le vieillissement naturel.
- Le déficit en testostérone d’origine organique, lorsqu’une cause précise atteint la production testiculaire, notamment :
- le syndrome de Klinefleter
- les séquelles d’orchite
- la cryptorchidie (testicule non descendu dans l’enfance)
- l’ablation chirurgicale des deux testicules (orchidectomie bilatérale), par exemple après un cancer
- certains traitements au long cours (corticoïdes, antipsychotiques, opioïdes, anticonvulsivants)
Pathologies favorisant un déficit en testostérone :
Indépendamment de l’âge, certaines pathologies chroniques favorisent également la baisse de testostérone, notamment :
- le diabète de type 2
- l’obésité
- le syndrome métabolique
- l’insuffisance rénale chronique
- l’apnée du sommeil
La prise en charge de ces pathologies associées (perte de poids, équilibration du diabète) fait partie intégrante du traitement et peut, à elle seule, améliorer significativement le taux de testostérone dans certains cas.
Symptômes :
Une baisse de la testostérone en dessous des valeurs normales peut se traduire par :
- une diminution de la libido
- des troubles de l’érection, notamment une perte des érections nocturnes ou matinales
- une fatigue anormale et persistante
- des troubles de l’humeur : irritabilité, tendance dépressive
- une augmentation de la graisse abdominale
- une perte de masse musculaire et de force
- des troubles du sommeil
- une diminution de la pilosité et un affinement de la peau
- à plus long terme, une perte de densité osseuse (ostéoporose)
Ces symptômes sont souvent progressifs et peuvent être attribués à tort au stress, à l’âge ou à la fatigue chronique, d’où l’intérêt d’un dépistage biologique dès qu’ils s’installent.
Diagnostic :
Le diagnostic repose sur deux piliers indissociables : la présence de symptômes évocateurs et la confirmation biologique (prise de sang).
Bilan hormonal
Le dosage porte sur la testostérone totale et idéalement, la testostérone biodisponible (la fraction réellement active sur les récepteurs). Le prélèvement doit impérativement être réalisé le matin, avant 10h et à jeun, car le taux varie naturellement au cours de la journée.
Confirmation
En cas de valeur basse, un second dosage est recommandé à environ deux semaines d’intervalle avant de conclure à un déficit confirmé. Les normes de laboratoire, souvent fixées autour de 3,5 ng/mL, doivent être interprétées avec prudence : un taux jugé « normal » sur le papier n’est pas automatiquement suffisant pour chaque patient. En cas de forte suspicion clinique malgré une biologie limite, un traitement d’épreuve peut être envisagé.
Bilan complémentaire
Avant toute décision thérapeutique, une consultation avec un urologue – andrologue est nécessaire pour écarter les contre-indications, en particulier un cancer de la prostate (toucher rectal, dosage du PSA) ainsi que les pathologies associées pouvant aboutir à une baisse de la testostéronémie. Une évaluation médicale complémentaire auprès d’une endocrinologue pourra être discutée si besoin.
Traitement :
Une supplémentation en testostérone (androgénothérapie ou TRT pour Testosterone Replacement Therapy, ou thérapie de remplacement de la testostérone) peut être proposée une fois le déficit confirmé et en l’absence de contre-indication, que le déficit soit lié à l’andropause ou à une autre cause.
Bénéfices attendus du traitement par testostérone
- amélioration de la masse musculaire
- perte de la masse grasse
- augmentation de la libido
- amélioration de la qualité des érections ou de l’effet des traitements à visée érectile
- amélioration de l’humeur générale
Modalités d’administration du traitement par testostérone
Le traitement peut être délivré par voie locale (gel cutané), par injections intramusculaires et plus rarement, par voie orale. Le choix dépend du profil du patient et sera discuté en consultation.
Suivi
L’initiation d’un traitement nécessite un bilan pré-thérapeutique complet et une surveillance clinico-biologique régulière tout au long du traitement.
Impact sur la fertilité :
C’est un point souvent méconnu des patients : la supplémentation en testostérone freine, voire bloque, la production naturelle de spermatozoïdes. En apportant de la testostérone de l’extérieur, le traitement réduit la sécrétion des hormones hypophysaires (LH, FSH) qui stimulent normalement les testicules ce qui aboutit à une chute de la production de spermatozoïdes avec un effet comparable à une contraception masculine.
Ce point est essentiel chez tout homme ayant un désir de paternité concomitant avec un déficit avéré en testostérone. Dans cette situation, d’autres options existent pour restaurer le taux de testostérone sans bloquer la fertilité.
Contre-indications et risques :
La supplémentation en testostérone n’est pas anodine et ne doit jamais être initiée sans avis spécialisé. Elle est notamment contre-indiquée en cas de :
- cancer de la prostate ou suspicion de cancer de la prostate
- cancer du sein
- apnée du sommeil sévère non traitée
- polyglobulie (excès de globules rouges)
- certains troubles psychiatriques ou cardiovasculaires sévères
Effet secondaire à surveiller
Le traitement peut augmenter l’hématocrite (épaississement du sang), ce qui justifie des prises de sang de contrôle régulières pendant toute la durée du traitement.
Questions fréquentes de patients
Andropause et déficit en testostérone, est-ce la même chose ?
Dans le langage courant, oui : « andropause » est le terme le plus utilisé par les patients pour parler d’une baisse de testostérone liée à l’âge. Sur le plan médical, l’andropause correspond précisément au déficit androgénique lié à l’âge (DALA). Le terme « déficit en testostérone » est plus large : il englobe aussi les causes non liées à l’âge (syndrome de Klinefelter, séquelles d’orchite, cryptorchidie…). Dans les deux cas, la démarche diagnostique et thérapeutique est la même.
La testostérone favorise-t-elle le cancer de la prostate ?
C’est une crainte fréquente mais les données scientifiques actuelles sont rassurantes : à ce jour, aucune étude solide n’établit qu’un traitement bien encadré augmente le risque de cancer de la prostate chez un patient sans antécédent. C’est justement pour cette raison qu’un dépistage (toucher rectal, PSA) est réalisé avant toute prescription.
Au bout de combien de temps ressent-on les effets du traitement ?
Les effets sur la libido et l’humeur apparaissent en général après 6 à 8 semaines. Les effets sur l’érection sont plus tardifs (environ 3 à 6 mois). Les effets sur la masse musculaire et la composition corporelle demandent plusieurs mois de traitement régulier.
Le traitement est-il obligatoire en cas de déficit confirmé ?
Non. Un déficit biologique confirmé n’impose pas automatiquement un traitement : la décision dépend avant tout de la gêne ressentie par le patient. Si les symptômes sont légers ou bien tolérés, une simple surveillance ou une optimisation de l’hygiène de vie (poids, activité physique, sommeil, équilibration d’un diabète) peut suffire dans un premier temps. Le traitement hormonal est proposé lorsque les symptômes altèrent la qualité de vie et que le patient souhaite s’engager dans une prise en charge nécessitant un suivi biologique régulier. C’est toujours une décision partagée entre le patient et le médecin.
Le traitement est-il à vie ?
Cela dépend de la cause. Dans le déficit lié à l’âge, le traitement est le plus souvent poursuivi tant qu’il apporte un bénéfice et que la tolérance biologique reste bonne, sous surveillance régulière. Dans certaines causes réversibles, un ajustement ou un arrêt peut être envisagé.
Faut-il consulter un urologue ou un endocrinologue ?
Les deux spécialités sont compétentes. En pratique, l’urologue est particulièrement indiqué lorsque le déficit s’accompagne de troubles de l’érection ou de symptômes urologiques associés car il peut prendre en charge l’ensemble du tableau clinique.